6 juillet 2005 au
soir…on vient m’expliquer ce qui se passera
le lendemain…on m’apporte de la Bétadine (une
douche avec au soir puis le lendemain matin après les préparatifs).
Papa dort avec moi, nous discutons avec la sage-femme de nuit de
la césarienne. C’est la première douche que
j’ai le droit de prendre depuis le 14 mai. Quand je pense
à toi et à la première fois où je te
verrai, je me prépare psychologiquement à avoir un
petit bébé rouge, fripé et maigrichon.
7 juillet, 7h, 35SA+2 : une aide-soignante vient
s’occuper de moi elle m’apporte un Atarax que je dois
avaler avec un minimum d’eau…je vais ensuite prendre
ma deuxième douche à la Bétadine et je revêts
ma blouse pour le bloc…pas d’angoisse, j’ai bien
dormi cette nuit…je prépare le petit sac avec des vêtements
de prématurés de 45 cm.
8h10 : le brancardier vient me chercher, je mets
ma charlotte et mes chaussons et là l’angoisse monte,
une fois dans le couloir…je sais que dans moins d’une
heure je serais maman…j’ai peur pour toi et ta santé…tu
remues doucement et j’ai mal de savoir qu’on va t’arracher
à ton nid douillet, nous nous sommes tellement battus pour
que tu y restes le plus longtemps possible ! Papa descend avec nous,
malheureusement il n’a pas le droit d’entrer au bloc
avec moi, cela aussi c’est très dur à vivre
pour moi…
On arrive en bas, le brancardier dit à Papa d’aller
s’asseoir dans la salle d’attente, je comprends que
je ne le reverrai plus mais pas Papa, qui me m’a pas dit au
revoir…Le brancardier me fait rentrer dans la salle…L’anesthésiste
m’accueille et me dit « bienvenue dans la salle où
votre bébé va naître, je m’appelle Jean-Michel
et je suis votre anesthésiste ». On m’installe
sur la table, Brassens passe sur le lecteur CD…Je vois cette
grosse lampe et j’essaie de ré freiner mes angoisses.
Tout le monde vient me dire bonjour et me dire sa fonction : il
y a l’anesthésiste et un interne en anesthésie,
une sage-femme et un élève sage-femme qui me suivait
en grossesse pathologique, la pédiatre qui m’explique
ce qu’elle te fera après la naissance et l’interne
en obstétrique, celle qui m’a hospitalisée le
14 mai. Ils relisent mon dossier médical et me redemande
des confirmations. La sage-femme prend la feuille où sont
notés tes prénoms et me redemandent si on n’a
pas changé d’avis et je confirme : tu t’appelleras
Quentin, Franck (comme Papa), Jean-Marie (comme Papi). Ils sortent
tes vêtements et me disent qu’ils sont super mignons,
c’est un ensemble blanc et orange avec un petit canard dessus.
On m’explique ce qu’est la rachi-anesthésie,
pourquoi ils l’ont choisi comme anesthésie et on fait
un essai de position pour le moment où il faudra la faire.
On pose le monitoring pendant un quart d’heure, tes battements
cardiaques sont impeccables. On me pose une voie dans la main gauche,
des électrodes pour suivre mon rythme cardiaque, et le brassard
de prise automatique de la tension artérielle au bras droit.
Dans la perfusion on me met un flash d’antibiotiques pour
éviter les infections. On me met le masque à oxygène
pour bien t’oxygéner. J’ai pu garder mes lunettes,
quel soulagement ! On m’installe aussi la sonde urinaire,
ça ne m’enchante pas mais on m’explique que c’est
pour éviter que la vessie ne se gonfle pendant la césarienne.
8h30 : le Docteur Dufour vient d’arriver
et se prépare dans la pièce d’à côté,
la sage-femme est allée donner à ton papa ses vêtements
de bloc, il t’attend dans une pièce près du
bloc. L’interne en anesthésie me dit de me mettre en
position pour l’anesthésie, menton collé sur
la poitrine et dos rond…Première piqûre pour
anesthésier la zone puis la seconde c’est la rachi,
la première a été plus douloureuse que la seconde.
Ils me remettent en position allongée et testent ma sensibilité
avec un linge chaud et humide. Ils basculent la table pour bien
répartir le produit et aussi pour que je n’ai pas mal
au dos, je commençais à avoir mal, la table n’était
pas très confortable.
8h35 : le Docteur Dufour entre dans la salle,
on prépare un second CD, du jazz cette fois-ci. Le docteur
vient me dire bonjour et me dit qu’il me félicitera
mais plus tard…Il installe avec l’interne en obstétrique
le champ opératoire qui me permet de ne pas voir la césarienne.
Tu te niches sur le côté droit…Je n’ai
pas senti que l’on m’ouvrait…en revanche je me
souviens du bruit de l’aspirateur qui retirait ton liquide
amniotique…le docteur te retourne, ce n’est pas douloureux,
mais plutôt désagréable, je pense à toi,
mon pauvre bébé qui doit te demander ce qu’on
te fait…de cette version tu garderas des bleus dans le dos
et sur les flancs pendant 2 jours. L’anesthésiste me
demande si je veux qu’il me raconte ta naissance, ce que j’accepte…
8h55 : je sens que tu sors…« la tête
est en train de sortir ! », puis un cri, tu es né mon
fils, je ne réalise pas que je suis maman. Le docteur passe
sa tête derrière le champ et me dit d’un air
surpris « il est bien gros votre fils ! ». L’interne
en obstétrique te prend pour que je puisse te voir en haut
du champ mais tout ce que je vois c’est le haut de ton crâne
recouvert de vernix, j’essaie de me relever pour te voir.
Je n’ai pas pu te voir car tu avais encore ton cordon. Ils
coupent ton cordon, essuient ton visage et t’amènent
près de mon visage et là c’est le choc ! Tu
es si beau, si rose, si dodu ! Tu me regardes de tes grands yeux
bleus marine et je te dis « bonjour Quentin, bonjour mon bébé
», j’aurai aimé te serrer dans mes bras mais
ils sont en croix ce qui n’est pas pratique, je ne pense pas
à demander qu’ils te rapprochent de moi pour que je
puisse t’embrasser.
Ils t’emmènent ensuite pour faire les examens habituels
dans la petite pièce d’à côté où
ils font rentrer Papa. La pédiatre revient me voir pour me
dire que tu pèses 3,070 kg alors qu’à l’échographie
de la veille ton poids était estimé à 2,7 kg
(ils m’avait même dit de m’attendre à 2,5
kg). Ils entrouvrent la porte de la pièce d’à
côté, je te vois dans les bras de ton papa, c’est
là que je réalise que je suis maman, j’ai mené
à bien ma mission, celle de te mettre en monde en pleine
santé, les larmes piquent mes yeux mais j’essaie de
ne pas craquer.
On commence à me recoudre, c’était comme si
on prenait une couche de vêtements qu’on étirait,
ce qui m’a un peu surprise. Et là mes problèmes
commencent…Moralement je commence à craquer, je me
sens inutile. Physiquement j’attrape super mal en haut du
dos, ma tension augmente dangereusement (19/11) malgré le
Loxen dans la perfusion, j’ai des palpitations, j’ai
tellement mal que j’hurle de douleur, pourtant je ne suis
pas douillette mais j’ai l’impression que je vais mourir.
L’obstétricien se demande ce qui se passe car je remue
tellement qu’il a du mal à finir son travail. Les anesthésistes
s’affolent, ils me re-testent avec un coton humidifié,
ils ont peur que je fasse une réaction à la rachi,
ils me réinjectent des calmants dans ma perfusion et parlent
de faire venir le cardiologue de service. Finalement les calmants
commencent à agir…c’est l’interne en obstétrique
qui est chargé de recoudre la 4ème couche, celle de
la peau.
Le docteur me félicite pour ce si beau et gros bébé
que tu es…Il trouve que tu me ressembles mais il paraît
qu’il dit ça à toutes les mamans
On m’emmène à présent en salle de réveil…Premiers
moments à trois où nous échangeons notre vécu…la
sage-femme te met au sein puisque j’ai choisi de t’allaiter
mais tu es si endormi que tu ne têtes pas…le pédiatre
qui t’a suivi ensuite m’a dit que c’était
certainement dû, non seulement à tes 6 semaines d’avance
mais aussi à l’Atarax. Nous faisons du peau à
peau sous une couverture chauffante, il n’y a que quelques
passages rapides du personnel médical surveillant mes saignements,
ma poche urinaire et ma tension, elle est revenue à 14/8.
Au bout d’une heure Papa nous laisse afin d’annoncer
ta naissance à Mamie et à Mémé et les
rassurer sur notre santé. Il est revenu bien vite auprès
de nous.
11h30 : Papa et moi nous remontons dans la chambre,
toi tu es parti un peu avant car on doit te mettre en incubateur
car ta température est un peu basse. Tu y resteras trois
jours mais toujours dans ma chambre. Il n’y a que les 5 premières
nuits où l’on vient te chercher pour te mettre en nurserie
pour que je puisse me reposer.
L’après-midi, visite de Mamie, de Marraine et de ma
marraine, je suis exténuée mais elles n’ont
pas pu attendre pour te voir. Je suis malade comme un chien, les
trois premiers jours ont été les plus pénibles
avec les maux de ventre, le fait de devoir être allongée
sur le dos, de ne pas pouvoir se tourner, d’avoir cette fichue
sonde urinaire qu’on m’a enlevé le lendemain
heureusement. Le lendemain toujours, j’ai réussi à
aller jusqu’au fauteuil, pliée en deux comme une petite
vieille, si tu m’avais vu, je n’avais pas fière
allure ! Le plus dur pour moi a été de ne pas pouvoir
m’occuper de toi pendant les 3 premiers jours tellement j’avais
mal au ventre.
J’ai fait une petite dépression du post-partum, oui
toutes ces semaines d’angoisse qui ont précédé
ta naissance ont été dures à oublier…malgré
le bonheur de t’avoir en bonne santé.
Ma cicatrice m’a fait mal pendant 4 semaines, au bout de 8
semaines, j’ai pu recommencer à porter du lourd…
Voilà tu sais tout mon enfant, toutes les circonstances
de ta naissance, mes états d’âme, mon vécu,
mon ressenti de ces évènements…Une cicatrice
de 12cm pour toute une vie d’amour avec toi !
Gros bisous mon Quentin !
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